Depuis quelques mois, une même question circule : les acteurs crypto sont-ils prêts pour le 1er juillet 2026 ? Pas dans les discours, mais dans l’exécution.
Car derrière le règlement MiCA, c’est un tournant qui se joue : la rencontre entre deux mondes longtemps parallèles : celui de la crypto et celui du paiement.
Un basculement que nous explorons dans le premier épisode de notre série dédiée à la crypto, avec une conviction simple : MiCA n’est pas une finalité. C’est le point de départ d’un nouveau marché.
Un nouveau standard : vers un double cadre réglementaire
A partir du 1er juillet 2026, une partie des acteurs crypto-actifs devront franchir un cap : obtenir un agrément MiCA pour continuer à opérer en Europe.
Mais dans la pratique, ce cadre ne couvre qu’une partie des usages.
Dès lors qu’un modèle implique des flux en euros, le périmètre dépasse celui de MiCA. Les acteurs concernés doivent alors, selon leurs activités, s’inscrire également dans le cadre des services de paiement.
En pratique, cela signifie :
- Un agrément au titre de MiCA pour les activités crypto
- Et un statut de prestataire de services de paiement ou de monnaie électronique
Deux cadres, deux régulateurs, deux logiques. En clair : un changement de dimension.
Et pour certains acteurs, l’impact sera direct : nécessité d’adapter leur modèle, de s’appuyer sur des partenaires régulés, ou de faire évoluer leur positionnement.
Aujourd’hui, seule une minorité d’acteurs est pleinement prête, alors que près d’une centaine de prestataires sont enregistrés en France.
Pour les autres, deux options : accélérer… ou organiser leur sortie du marché.
Face à cette pression, certaines entreprises envisagent d’obtenir l’agrément auprès d’un autre régulateur européen pour bénéficier du passeport MiCA. L’AMF prévient : cette voie reste encadrée et ne constitue pas une solution de contournement.
La conformité change de rôle
Un sujet revient souvent côté fondateurs : « on passe plus de temps sur des questions de conformité plutôt qu’à construire le produit. C’est vrai. Mais c’est aussi, précisément, le point. Dans tous les secteurs qui ont atteint leur maturité – banque, assurance, santé – la conformité suit la même trajectoire : contrainte d’abord, levier ensuite. Parce qu’elle structure les opérations, rassure partenaires comme investisseurs, la conformité dépasse progressivement son statut de simple contrainte.
Dans un contexte MiCA, la conformité n’est plus un avantage concurrentiel, mais une condition d’existence sur le marché.
MiCA n’est que le début
Penser que le chantier s’arrête à MiCA serait réducteur. Le règlement pose un cadre pour les crypto-actifs. Mais dans la pratique, les usages ne s’arrêtent pas là. Dès qu’il est question de conversion, d’encaissement ou de circulation de fonds en euros, on quitte le seul terrain de la crypto pour entrer dans celui des services de paiement. Et c’est là que le paysage se complexifie.
En parallèle de MiCA, le cadre des paiements continue d’évoluer. La future directive DSP3 vise à renforcer l’harmonisation européenne et à mieux organiser la coopération entre acteurs régulés, notamment sur les enjeux de fraude et de sécurité. Aucun lien direct entre les deux textes mais, sur le terrain, une convergence de plus en plus concrète.
À mesure que les modèles hybrides se développent, à la frontière entre crypto et paiement, les lignes bougent. Et ce mouvement ne fait que commencer. D’autres chantiers sont déjà en discussion, comme l’open finance ou l’euro numérique, qui pourraient redessiner l’équilibre entre banques, infrastructures et nouveaux acteurs.
L’Europe, terrain de jeu… et de référence
L’approche européenne est souvent critiquée : trop lente, trop stricte, trop en avance. Mais cette lecture est loin d’être univoque. À l’international, le cadre européen est déjà observé et parfois cité comme point de référence. Plusieurs juridictions s’en inspirent pour structurer leur propre approche des crypto-actifs.
Ce décalage illustre un paradoxe : ce qui est perçu comme une contrainte à court terme peut devenir un avantage structurant à plus long terme. Un acteur conforme en France peut, en théorie, opérer dans l’ensemble du marché européen et évolue aussi dans un cadre qui tend à s’imposer progressivement comme standard au-delà des frontières.
Le sujet dépasse donc la seule conformité opérationnelle. Il touche à la capacité de l’Europe à faire émerger ses propres standards dans un environnement concurrentiel, face aux dynamiques américaines et asiatiques.
Réguler tôt implique nécessairement des ajustements. Mais c’est aussi une manière de poser les bases d’un cadre qui, avec le temps, peut s’étendre et s’imposer.