Derrière chaque société, il y a des personnes physiques. Les identifier n’est pas une option : toute société immatriculée en France doit déclarer ses bénéficiaires effectifs, et tout établissement assujetti à la lutte contre le blanchiment doit identifier et vérifier l’identité de ceux de ses clients entreprises avant d’entrer en relation.
Le terme UBO, pour Ultimate Beneficial Owner, désigne exactement la même chose que le bénéficiaire effectif du droit français. Dans les deux cas, il s’agit de remonter jusqu’aux personnes physiques qui contrôlent réellement une entité juridique, quel que soit le nombre de holdings intermédiaires.
En pratique, deux obligations distinctes cohabitent et sont souvent confondues. La société déclare ses propres bénéficiaires effectifs à un registre. L’établissement financier, lui, identifie ceux de ses clients et vérifie leur identité.
Cet article traite les deux : ce que dit la loi, comment identifier un bénéficiaire effectif dans une structure complexe, comment le déclarer, et ce qui se passe quand personne ne le fait.
Bénéficiaire effectif : de quoi parle-t-on exactement ?
Définition légale du bénéficiaire effectif
L’article L561-2-2 du Code monétaire et financier définit le bénéficiaire effectif comme la personne physique qui contrôle, directement ou indirectement, le client, ou celle pour le compte de laquelle une opération est réalisée¹. La formulation est volontairement large : elle vise le contrôle réel, pas la seule apparence juridique.
L’identification des personnes physiques derrière une entité relève du dispositif de vigilance LCB-FT, au même titre que le parcours KYC pour la vérification des personnes physiques appliqué aux clients particuliers².
UBO, bénéficiaire effectif : le même concept, deux terminologies
UBO est l’acronyme de Ultimate Beneficial Owner, terme employé dans les textes européens depuis la quatrième directive anti-blanchiment⁵. « Bénéficiaire effectif » en est la traduction française retenue par le Code monétaire et financier.
Un point de désambiguïsation utile : dans un contexte de conformité financière, UBO n’a aucun rapport avec l’Université de Bretagne Occidentale, qui partage le même sigle. Les deux acceptions coexistent dans les résultats de recherche.
Qui est concerné par l’obligation de déclaration ?
Les sociétés tenues de déclarer leurs bénéficiaires effectifs
L’obligation d’identifier les bénéficiaires effectifs concerne tout type de structure juridique : sociétés commerciales et civiles, associations, groupements d’intérêt économique, fiducies ou trusts, par exemple¹. Les sociétés cotées sur un marché réglementé de l’Union européenne en sont dispensées, leur actionnariat étant déjà soumis à des obligations de transparence.
Les établissements assujettis : une double obligation
Les banques, établissements de paiement, établissements de monnaie électronique et prestataires de services de paiement ont une obligation distincte : identifier les bénéficiaires effectifs de leurs clients et vérifier leur identité, au moment de l’entrée en relation et tout au long de la relation d’affaires, au titre des articles L561-5 et L561-6 du Code monétaire et financier¹.
Ce n’est pas une déclaration, c’est une diligence. Elle s’exerce dans le cadre du KYB et son manquement relève du contrôle du superviseur, comme l’ensemble des obligations attachées à l’agrément ACPR et aux obligations LCB-FT associées².
Le seuil de 25 % : comment identifier un bénéficiaire effectif ?
Le seuil de 25 % du capital ou des droits de vote
Est bénéficiaire effectif la personne physique qui détient, directement ou indirectement, plus de 25 % du capital ou des droits de vote de la société¹.
Le seuil est strict : il faut dépasser 25 %, pas les atteindre. Quatre associés détenant chacun exactement 25 % ne génèrent donc aucun bénéficiaire effectif par la détention, ce qui renvoie au troisième cas de figure traité plus bas.
La chaîne de détention indirecte et les structures complexes
La détention indirecte se calcule en multipliant les pourcentages tout au long de la chaîne. Prenons une société A détenue à 60 % par une société B, elle-même détenue à 50 % par Monsieur X. Monsieur X détient indirectement 30 % de A : il en est bénéficiaire effectif.
C’est ici que l’exercice devient coûteux. Une holding à trois niveaux, un actionnariat partiellement étranger ou une structure comportant des sociétés en nom collectif imposent de reconstituer et de contrôler l’intégralité de la chaîne avant de pouvoir conclure⁴.
Lorsqu’aucune personne physique ne dépasse le seuil et qu’aucun contrôle ne peut être caractérisé autrement, l’article R561-1 du Code monétaire et financier désigne le représentant légal comme bénéficiaire effectif par défaut¹. Le président, le gérant ou le directeur général est alors déclaré à ce titre, sans qu’il détienne pour autant la moindre part du capital.
Registre des bénéficiaires effectifs (RBE) : comment déclarer ?
Qu’est-ce que le Registre des Bénéficiaires Effectifs ?
Le RBE a été créé en 2017, en transposition de la quatrième directive anti-blanchiment⁵. Il est aujourd’hui centralisé par l’INPI, l’Institut national de la propriété industrielle : l’établissement public qui tient le registre national des entreprises et le guichet unique des formalités des entreprises, par lequel le RBE est alimenté³.
Un point que beaucoup d’articles n’ont pas mis à jour : le registre n’est plus consultable librement. Ouvert au public à partir de 2021, son accès général a été jugé disproportionné par la Cour de justice de l’Union européenne dans un arrêt du 22 novembre 2022⁶, et le filtrage est effectif depuis le 31 juillet 2024³.
Y accèdent désormais les autorités compétentes, les professionnels assujettis à la LCB-FT dans le cadre de leur devoir de vigilance, et les tiers justifiant d’un intérêt légitime, sur demande motivée adressée à l’INPI³.
Procédure de déclaration : étapes, délais et mise à jour
La déclaration s’effectue exclusivement par voie dématérialisée, sur le guichet unique des formalités des entreprises³.
- Connexion au guichet unique avec les identifiants de la société
- Saisie des informations relatives à chaque bénéficiaire effectif : identité, date et lieu de naissance, nationalité, adresse personnelle
- Description des modalités du contrôle exercé, détention directe, indirecte ou contrôle par un autre moyen
- Validation et dépôt du document
Le premier dépôt intervient lors de la demande d’immatriculation ou dans les quinze jours qui suivent³. Toute modification de la structure de détention doit ensuite faire l’objet d’une mise à jour dans les trente jours¹.
Déclaration bénéficiaire effectif : les erreurs à éviter
Trois erreurs reviennent systématiquement. La première est l’oubli de mise à jour après une cession de parts : la déclaration initiale est faite, puis plus rien ne bouge pendant cinq ans alors que le capital a changé de mains. La deuxième est l’arrêt de l’analyse au premier niveau de détention, sans remonter les holdings. La troisième est la confusion entre associé et bénéficiaire effectif : détenir 10 % ne fait pas de vous un UBO, exercer un contrôle sur les organes de direction peut suffire même sans détention.
Sanctions en cas de manquement
Sanctions pour les sociétés ne respectant pas l’obligation de déclaration
Le défaut de dépôt, comme le dépôt d’un document comportant des informations inexactes ou incomplètes, est sanctionné par l’article L574-5 du Code monétaire et financier¹.
Le représentant légal, ou la personne chargée d’accomplir les formalités, encourt six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende, assortis le cas échéant d’une interdiction de gérer et d’une privation partielle des droits civiques¹.
La société encourt une amende portée à 37 500 euros par l’effet du quintuplement prévu à l’article 131-38 du code pénal, ainsi que des peines complémentaires pouvant aller jusqu’à l’exclusion des marchés publics¹.
Sanctions pour les établissements assujettis en cas de défaillance LCB-FT
L’établissement qui n’a pas identifié et vérifié les bénéficiaires effectifs de ses clients entreprises relève d’un autre régime. Il s’expose aux mesures prononcées par la commission des sanctions de l’ACPR sur le fondement des articles L561-36 et suivants du Code monétaire et financier¹ : avertissement, blâme, interdiction d’exercice, sanction pécuniaire². Un dispositif d’UBO compliance mal documenté constitue en lui-même un motif de grief, indépendamment de toute opération suspecte.
UBO et KYB : comment les plateformes vérifient les bénéficiaires effectifs de leurs clients
L’obligation de vérification UBO dans le cadre du KYB
Une plateforme qui ouvre des comptes ou encaisse pour des entreprises en s’appuyant sur un établissement agréé n’a pas à déclarer les bénéficiaires effectifs de ses clients. Leur identification et la vérification de leur identité sont réalisées par l’établissement assujetti, au titre des articles L561-5 et L561-6¹.
C’est exactement l’objet de la vérification KYB des entreprises et de leurs bénéficiaires effectifs : remonter la chaîne de détention, interroger le registre, confronter les personnes identifiées aux listes de sanctions. Le volet personnes physiques est détaillé dans notre guide complet pour sécuriser votre onboarding client.
Automatisation de la vérification UBO : pourquoi c’est devenu indispensable
La fermeture du RBE au grand public a modifié l’accès à l’information. Une entreprise ne peut plus consulter librement les bénéficiaires effectifs de son partenaire commercial. Un établissement assujetti, lui, conserve un accès au titre de son devoir de vigilance³.
Une plateforme qui s’appuie sur un établissement agréé bénéficie donc de cet accès indirectement, puisque la vérification est réalisée par l’établissement.
Reste la question du volume. Vérifier manuellement les UBO d’une holding à plusieurs niveaux est long et difficile à reproduire à l’identique. Automatiser la remontée de chaîne, l’interrogation du registre et le criblage contre les listes de sanctions réduit fortement le temps de traitement, avec une piste d’audit exploitable en cas de contrôle.
Questions fréquentes
Qui est le bénéficiaire effectif d’une entreprise ?
C’est la personne physique qui contrôle l’entreprise, directement ou indirectement. En pratique, celle qui détient plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou qui exerce un contrôle sur les organes de direction. À défaut de pouvoir identifier une telle personne, le représentant légal est désigné bénéficiaire effectif par défaut. Une société peut avoir plusieurs bénéficiaires effectifs, ou un seul.
Quel est le seuil de 25 % pour identifier un bénéficiaire effectif ?
Le seuil porte sur la détention de plus de 25 % du capital ou des droits de vote, directement ou indirectement. Il est strict : détenir exactement 25 % ne suffit pas. Pour la détention indirecte, les pourcentages se multiplient le long de la chaîne : un associé détenant 50 % d’une holding qui détient elle-même 60 % de la société cible en détient indirectement 30 %.
Comment déclarer les bénéficiaires effectifs au Guichet unique ?
La déclaration se fait en ligne sur le guichet unique des formalités des entreprises, tenu par l’INPI. Vous renseignez l’identité de chaque bénéficiaire effectif, sa date et son lieu de naissance, sa nationalité, son adresse personnelle et les modalités du contrôle qu’il exerce. Le dépôt intervient lors de l’immatriculation ou dans les quinze jours suivants.
Qu’est-ce que le Registre des Bénéficiaires Effectifs (RBE) ?
C’est le registre centralisé qui recense les personnes physiques contrôlant les sociétés immatriculées en France. Créé en 2017 et centralisé par l’INPI, il a été ouvert au public en 2021, puis refermé le 31 juillet 2024 à la suite d’un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne. Y accèdent aujourd’hui les autorités, les assujettis LCB-FT et les tiers justifiant d’un intérêt légitime.
Quelles sont les sanctions en cas de non-déclaration des bénéficiaires effectifs ?
Le représentant légal encourt six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende, avec possibilité d’interdiction de gérer. La société encourt jusqu’à 37 500 euros d’amende et des peines complémentaires. Ces sanctions s’appliquent aussi bien à l’absence de déclaration qu’au dépôt d’informations inexactes ou incomplètes. En pratique, une mise en demeure du greffe précède généralement les poursuites.
Quelle est la différence entre UBO et bénéficiaire effectif ?
Aucune sur le fond. UBO, pour Ultimate Beneficial Owner, est le terme employé dans les textes européens et dans la pratique internationale de la conformité. « Bénéficiaire effectif » est la traduction retenue par le droit français. Les deux désignent la personne physique qui contrôle en dernier ressort une entité juridique.
Qui doit déclarer les bénéficiaires effectifs ?
Tout type de structure juridique : sociétés commerciales et civiles, associations, groupements d’intérêt économique, fiducies ou trusts, par exemple. Les sociétés cotées sur un marché réglementé de l’Union européenne en sont dispensées, leur actionnariat étant déjà soumis à des obligations de transparence. La déclaration incombe au représentant légal.
Sources
¹ Légifrance, Code monétaire et financier, articles L561-2-2 (définition du bénéficiaire effectif), R561-1 (seuil de détention et désignation du représentant légal par défaut), L561-5 (identification et vérification à l’entrée en relation), L561-6 (vigilance constante tout au long de la relation d’affaires), L561-46 (déclaration au registre), L561-36 et suivants (sanctions applicables aux assujettis) et L574-5 (sanctions pénales du défaut de dépôt), mise à jour continue – https://www.legifrance.gouv.fr
² ACPR, rapports annuels sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, lignes directrices sur l’approche par les risques et décisions de la commission des sanctions, Banque de France – https://acpr.banque-france.fr
³ INPI (Institut national de la propriété industrielle), registre des bénéficiaires effectifs et guichet unique des formalités des entreprises : modalités de déclaration, conditions d’accès restreint depuis le 31 juillet 2024, procédure de demande fondée sur l’intérêt légitime – https://www.inpi.fr
*⁴ GAFI, recommandations relatives à la transparence et aux bénéficiaires effectifs des personnes morales, normes internationales sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme – https://www.fatf-gafi.org/fr*
*⁵ Parlement européen et Conseil de l’Union européenne, directive (UE) 2015/849 relative à la prévention de l’utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux ou du financement du terrorisme, EUR-Lex, 2015 – https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2015/849/oj*
⁶ Cour de justice de l’Union européenne, arrêt du 22 novembre 2022, affaires jointes C-37/20 et C-601/20 (invalidation de l’accès du grand public aux registres de bénéficiaires effectifs) – https://curia.europa.eu
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